|
Les 20 préceptes du
Karaté Dô
Les principes sont compacts, concis et tendent
vers une nature profondément philosophique.
- N'oubliez pas que le karaté
commence et s'achève par le rei. Rei =
« respect, courtoisie: le
salut », mais ne pas le limiter à ces
simples définitions. Il signifie le respect que l'on
éprouve à l'endroit des autres, le rei est
également la marque de l'estime que l'on a pour soi.
Lorsqu'on transfère cette estime que l'on a pour soi sur les
autres - respect - on agit conformément aux principes du
rei. Les disciplines de combat qui font fi des principes du rei ne sont
que pure violence, la force physique dénuée de
rei n'est rien d'autre que brutalité, sans valeur pour
l'être humain. Le rei est la manifestation physique d'un
cœur sincère, révérencieux
et empli de respect.
- Il n'y a pas d'attaque dans le
karaté. Dans le karaté les
mains et pieds sont potentiellement aussi mortels que la lame d'un
sabre : c'est pourquoi dans la mesure du possible vous devez
éviter de décocher un coup mortel.
« Jamais il ne faut tirer son sabre sur un coup de
tête », cet enseignement fondamental
était au cœur du bushido
japonais. Ainsi « il n'y a pas d'attaque dans le karaté »
est une extension de ce principe de base selon lequel il ne faut pas
sortir son arme au moindre prétexte. Elle souligne la
nécessité absolue de faire montre de patience et
de pondération. Mais quand la confrontation est
inévitable le pratiquant doit se lancer corps et
âme dans le combat.
- Le karaté est au service de
l'équité.
L'équité est ce qui sert le bien, la vertu,
« quand je m'observe et que je constate que je suis
dans le vrai, alors, mes ennemis, fussent-ils un millier ou dix mille,
ne peuvent m'arrêter. Cela implique bien sur qu'il faut faire
preuve d'intelligence, de discernement et de force
véritable ».
- Apprends déjà
à te connaître, puis connais les autres.
À force de pratique le karatéka connaît
ses techniques favorites ainsi que ses propres faiblesses, en combat il
doit connaître ses propres points forts mais aussi ceux de
son adversaire.
- Le mental prime sur la technique.
Voila une anecdote qui illustrera cet aphorisme:
« Un jour un célèbre
maître de sabre Tsukahara Bokuden voulut mettre ses fils
à l'épreuve. Pour commencer, il fit appeler
Hikoshiro, l'aîné des trois. En ouvrant la porte
du coude, celui-ci la trouva plus lourde qu'à
l'accoutumée et, en passant la main sur la tranche
supérieure de la porte, constata qu'on avait
disposé, en équilibre, un lourd
appui-tête en bois. Il l'enleva, entra puis le remit
exactement comme il avait trouvé. Bokuden fit alors venir
son fils cadet, Hikogoro. Quand celui-ci poussa la porte,
l'appui-tête tomba mais il le rattrapa en vol et le remit
à sa place. Bokuden fit enfin appeler Hikoroku, son benjamin
le meilleur, et de loin, au maniement du sabre. Le jeune homme poussa
puissamment la porte et l'appui-tête tomba, heurtant son
chignon. En un éclair, il dégaina le sabre court
qu'il portait à la ceinture et trancha l'objet avant qu'il
ne touchât le tatami. À ses trois fils, Bokuden
déclara: « c'est toi Hikoshiro qui
transmettra notre méthode de maniement du sabre. Toi,
Hikogoro, en t'entraînant ardemment, peut-être
égaleras-tu, un jour, ton frère. Quant
à toi, Hikoroku, tu conduiras certainement un jour notre
école à sa perte et attireras l'opprobre sur ton
patronyme. Je ne peux pas donc m'offrir le luxe de garder un individu
aussi imprudent dans mes rangs ». Sur ces vertes
paroles il le désavoua. Cela illustre parfaitement
l'importance accrue des facultés mentales sur les
facultés techniques.
- L'esprit doit être libre.
Meng Tsu évoque la quête de l'esprit
« perdu » pour mettre un terme
à l'errance spirituelle. Lorsque notre chien, notre chat ou
nos poules se perdent nous remuons ciel et terre pour les retrouver et
les ramener à la maison, mais il déplore que
lorsque notre esprit (qui dirige notre corps) s'égare pour
finir par se perdre totalement, nous n'essayons même pas de
le remettre sur le droit chemin. À l'inverse, Shao Yung
soutient que l'esprit a besoin de se perdre, si l'on attache l'esprit
tel un chat en laisse, il perdra sa liberté de mouvement.
Utilisez l'esprit à bon escient, laissez-le explorer
à sa guise, ne le laissez pas s'attacher ou s'enfermer dans
un carcan. Les néophytes exercent souvent un
contrôle trop pesant sur leur mental, ils craignent de
s'ouvrir au monde et de laisser leur esprit courir librement. Au cours
de l'apprentissage il est préférable de suivre
les consignes édictées par Meng Tzu dans un
premier temps, pour, dans un second temps, libérer l'esprit
préconisé par Shao Yung.
- Calamité est fille de
non-vigilance.
Combien d'accidents sont imputables à la
négligence,
à l'étourderie, le moindre relâchement
de
l'attention peut réduire à néant les
efforts de
préparation et de recherche effectuées au
préalable, si approfondis soient-ils. En combat une
« préparation
bâclée »
équivaut à un
« désastre »;
pour ne pas arriver à de tels extrêmes nous
devrions
constamment analyser nos actes et faire montre de beaucoup de
circonspection en matière de méthodologie.
- La pratique du karaté ne
saurait se cantonner au seul dôjô.
L'objectif du karaté est de polir et nourrir à la
fois le corps et l'esprit, s'il commence au dôjô
au cours de la pratique, ce travail, ne doit pas s'interrompre en fin
d'entraînement. Il faut pratiquer continuellement dans tous
les actes de la vie quotidienne. Une alimentation
déséquilibrée, un abus de boisson, des
habitudes nuisibles à la santé en
général auront des répercussions
certaines sur la pratique au dôjô.
Ils fatigueront à la fois le corps et l'esprit et
détourneront l'adepte du dessein ultime de la pratique.
- Le karaté est la
quête d'une vie entière. La Voie du
karaté est sans fin, c'est la raison pour laquelle un
pratiquant sincère pratiquera jusqu'à son dernier
souffle. Dans Hagakure
le seigneur Yagyu déclarait qu'il ne savait pas comment
défaire les autres mais qu'il savait comment l'emporter sur
lui-même: être meilleur aujourd'hui qu'hier et
meilleur demain qu'aujourd'hui. C'est-à-dire, travailler
sans relâche et jusqu'au dernier souffle pour sans cesse
progresser. La Voie véritable est infinie.
- La Voie du karaté se
retrouve en toute chose, et c'est là le secret de sa
beauté intrinsèque. Un coup, de poing
ou de pied, asséné ou encaissé, peut
signifier vie ou mort. Telle est la doctrine au cœur du
karaté-dô. Si chaque domaine de la vie est
abordé avec un tel sérieux, épreuves
et difficultés peuvent être
dépassés. Si un pratiquant affronte chaque
difficulté en ayant le sentiment que sa vie
entière est en jeu, il réalisera
l'étendue de ses propres ressources.
- Pareil à l'eau en
ébullition, le karaté perd son ardeur s'il n'est
pas entretenu par une flamme. L'apprentissage par la pratique
revient à pousser une charrette vers le sommet d'une
colline. Cessez de pousser et tous vos efforts auront
été vains. Proverbe japonais.
L'intégration d'une facette du karaté
parmi
d'autres, ou une pratique distendue, ne sauraient suffire. Seule une
pratique régulière et assidue
récompensera votre corps et esprit des fruits de la Voie.
- Ne soyez pas
obsédé par la victoire; songez plutôt,
à ne pas perdre. Savoir uniquement comment
décrocher la victoire sans savoir comment perdre revient
à se mettre soi-même en situation de
défaite, ultimes paroles du shogun Tokugawa. L'attitude mentale
obsédée par la victoire nourrit
nécessairement un optimiste excessif qui, à son
tour, nourrit impatience et irritabilité. L'attitude la plus
fine consiste, au contraire, à se résoudre
fermement à ne pas perdre - quel que soit l'adversaire - en
prenant conscience de nos propres forces et en faisant preuve de
conviction inébranlable le tout en adoptant une attitude
conciliante dans la mesure du possible.
- Ajustez votre position en fonction de
l'adversaire.
- L'issue d'un affrontement
dépend de votre manière à
gérer les pleins et les vides (forces et faiblesses).
Les préceptes treize et quatorze évoquent
l'attitude mentale à suivre en combat. Un combattant doit
pouvoir et savoir s'adapter à son adversaire; comme l'eau
qui s'écoule naturellement du haut vers le bas le combattant
évite les points forts de l'ennemi pour le frapper
là où il est vulnérable. Il doit
éviter toute action
stéréotypée, le maître mot
de sa conduite doit être fluidité, souplesse,
adaptation, plutôt qu'inertie et constance.
- Considérez les mains et les
pieds de l'adversaire comme des lames tranchantes. Un
pratiquant sincère de karaté-dô saura
rendre ces extrémités corporelles aussi
dangereuses que des armes blanches, dans cette optique même
les mains et pieds d'un non-pratiquant peuvent s'avérer
dangereux. Un néophyte qui s'implique corps et âme
dans une lutte pour la vie, sans craindre ni blessure, ni
trépas peut libérer une puissance
considérable et extraordinaire, et être capable de
défaire n'importe quel débutant. Que l'adversaire
soit ou non, initié aux arts
martiaux, ne doit en aucun cas nous leurrer sur son potentiel.
- Faites un pas hors de chez vous et ce
sont un million d'ennemis qui vous guettent.
- Le kamæ, ou posture
d'attente, est destiné aux débutants; avec
l'expérience, on adopte le shizentai (posture naturelle).
- Recherchez la perfection en kata, le
combat réel est une autre affaire. Les katas sont
la moelle de l'entraînement du
karaté-dô, il convient de ne pas les
dénaturer et de s'y entraîner
conformément à l'enseignement dispensé
par le maître. Anko Itosu
disait « Respectez la forme des katas, ne cherchez
pas à en travailler
l'esthétique ». En combat
réel, il ne faut pas s'embarrasser ou de se laisser entraver
par les rituels propres aux katas, le pratiquant doit
dépasser le cadre imposé par ces formes et se
délacer librement en fonction des forces et faiblesses de
l'adversaire.
- Sachez distinguer le dur du mou, la
contraction de l'extension du corps et sachez moduler la
rapidité d'exécution de vos techniques.
Les combinaisons citées dans ce précepte
s'appliquent aussi bien en kata
qu'en combat réel. Si l'on exécute les katas sans
combiner la possibilité de moduler l'intensité et
le rythme des techniques ou l'alternance extension/contraction,
l'exercice perd toute sa valeur. L'alternance dur-mou,
extension-contraction,
lenteur-célérité,
inspiration-expiration est de première importance en combat
et peut déterminer l'issue d'un affrontement.
- Vous qui arpentez la Voie, ne laissez
jamais votre esprit s'égarer, soyez assidu et habile.
Que l'on adopte un point de vue spirituel ou technique le pratiquant ne
doit jamais laisser son esprit
« s'égarer » et doit
être « assidu et
habile ».
|
|